Il faut s’ajouter au concert d’éloges pour Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier, indéniablement un des romans de l’année 2011. Pour son quatrième roman, l’auteure s’est à nouveau trouvée nommée pour les Prix du Gouverneur général, mais elle est surtout devenue la première Québécoise à obtenir le Prix des cinq continents de la Francophonie, remis par l’Organisation internationale de la Francophonie.
Tout distingue Il pleuvait des oiseaux. Ses protagonistes, d’abord : des personnes âgées rustres vivant reculés dans le fond des bois qui ont signé un pacte avec la mort, la douce et évanescente Marie-Desneige, délivrée de sa maison de fous, des petits bandits de village et une photographe sans nom, partie à la recherche d’un mythe enfumé du passé. L’intrigue, également, qui voyage entre un présent utopique, à l’abri de la forêt, et l’enfer du passé, alors qu’on redécouvre dans un réalise horrifiant l’histoire des Grands Feux qui ont dévasté le nord de l’Ontario au début du siècle dernier. Jocelyne Saucier tisse une courtepointe délicate avec ces matériaux, sans véritable début ni fin : on en sait juste assez sur ces mystérieux personnages pour les effleurer, les imaginer et les sentir. Du roman, on retient le désir de vivre, la magie, la simplicité du bonheur et une odeur de fumée. Voilà qui fait du bien.
Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier, chez XYZ.
- Bryan St-Louis
lundi 9 janvier 2012
samedi 7 janvier 2012
Quand la télé-réalité rattrape la fiction
Dominic
Bellavance faisait paraître cet automne son deuxième roman aux éditions Coup de
tête, après le remarqué Toi et moi, it’s
complicated, un thriller paranoïaque sur le monde de Facebook qu’on aurait
avantage à mettre entre les mains de plusieurs adolescents accros aux réseaux
sociaux. Pour Roman-réalité,
Bellavance s’intéresse encore une fois à la culture populaire, en s’inspirant
des télé-réalités : quatre aspirants auteurs sont invités à passer deux
semaines dans un chalet éloigné, où ils rédigeront des textes sous l’œil
attentif de Julien Ponton, observateur, et de l’énigmatique Christian Barré,
responsable du projet. Le roman présente, pour chaque jour, le résumé de Julien
Ponton, les textes des quatre jeunes écrivains, qui racontent leur journée, et
parfois des échanges courriel entre Julien Ponton et Christian Barré.
Roman-réalité se distingue bien sûr par son thème, et Dominic
Bellavance par ses sources d’inspiration. Malheureusement, on a parfois
l’impression que Roman-réalité relève
plus de l’exercice de style : l’intrigue peine à prendre véritablement son
envol et le suspense n’arrive pas à s’imposer. Pourtant, tout y est, comme dans
la télé-réalité : des aspirants auteurs plus beaux que talentueux, des
aventures commandées par le maître, des énigmes, des coffres-forts, des
surprises derrière les murs… mais un côté un peu trop léger manque à captiver
le lecteur suffisamment pour ressentir de l’empathie pour les protagonistes de
cette histoire où le modèle à suivre dicte un peu trop souvent les tournants de
l’intrigue. On se retrouve donc devant une œuvre plus sociologiquement que
littérairement intéressante : il manque à l’idée de départ un côté mordant
qui aurait donné plus de profondeur au récit. Néanmoins, Dominic Bellavance continue
de paufiner son univers avec ce roman et cet exercice de style est aussi le
sien. Il est jeune de corps et de plume : on a déjà hâte de savoir quelle
sera la prochaine source d’inspiration.
Roman-réalité, de Dominic Bellavance, chez Coups de tête.
- Bryan St-Louis
dimanche 11 décembre 2011
Émission du 11 décembre 2011
Ce dimanche, à 12 h, nous recevons en entrevue Dominic Bellavance, auteur de "Roman réalité" et de "Toi et moi it's complicated". En chroniques, des retours sur le livre de Jacques Nantel et sur le dernier roman de Fabien Ménar. Rendez-vous au 88,3 FM!
jeudi 8 décembre 2011
Sexe, drogue et lunettes à large monture noire
Le ROQ (le Rest of
Quebec, bien sûr) n’était peut-être pas encore au courant : le
quartier in de Montréal n’est plus le
Plateau, c’est maintenant le Mile-End : un quartier branché, peuplé de hipsters bilingues (c’est ce qui
explique sans doute le titre anglophone de ce roman de Pierre-Marc Drouin, Mile End Stories), où se multiplient les
fêtes dans les appartements d’inconnus et les soirées arrosées dans les petits
bars.
Luc, 24 ans, personnage principal de Mile-End Stories, vit une rupture douloureuse avec son ancienne
conjointe et ce, même si c’est lui qui l’a trompée et finalement quittée. En
quête de nouvelles aventures et d’un changement d’air, le jeune homme déménage
avec un ami dans le Mile-End. On suit, sous forme de chroniques, ses
aventures : les jours et surtout les nuits sont peuplées de femmes,
d’alcool, mais aussi de la recherche d’une délivrance par rapport à sa dernière
amoureuse.
La quatrième de couverture de Mile-End Stories nous dit que « Pierre-Marc Drouin dresse le portrait
universel d’une peine d’amour vécue avec la fougue de la vingtaine ».
C’est effectivement le cas : Luc plonge, sans repères, dans sa nouvelle
vie. Il se cherche dans les bras des autres femmes, il papillonne d’une fête à
l’autre, d’un boulot à l’autre. Luc n’arrive pas à oublier son amour et on le
lit à s’étourdir d’une femme à l’autre, d’un party à l’autre, d’un moment de
liberté à un autre down.
Le thème de la peine d’amour est universel et la quête de
bonheur de Luc est bien rendue. Cependant, après la longue série d’écrits et de
téléromans centrés sur de jeunes vingtenaires du Plateau, les tribulations du
Mile-End sentent le réchauffé et peinent à susciter l’intérêt. Les critiques du
genre s’en donneront à cœur joie en feuilletant ce roman : entre quelques
scènes de sexe et de drinks de trop,
on cherche qu’est-ce qui pourrait bien singulariser la peine de Luc et la plume
de l’auteur. D’autant plus que le protagoniste, en salaud de bonne famille qui
plonge toujours plus loin dans l’abîme de ses déboires, manque à titiller notre
empathie de lecteur. On appréciera beaucoup plus l’écriture de Pierre-Marc
Drouin, somme toute intéressante, lorsqu’il saura trouver une histoire un peu
moins convenue.
Mile End Stories, de Pierre-Marc Drouin, chez Québec Amérique.
- Bryan St-Louis
dimanche 20 novembre 2011
Emporte-moi
Normand Cousineau, est illustrateur, mais aussi globe-trotteur. Au fil de ses nombreux voyages, il s’est amusé à faire des croquis de paysages et de personnages, mais aussi de simples instants. Il s’est ensuite envoyé ces petites aquarelles, marquant ses souvenirs du sceau de la poste. Les images se sont ensuite accumulées dans une valise, jusqu’à ce qu’il les présente à la poète Jennifer Tremblay. Celle-ci a relevé le défi d’imaginer les messages qui auraient pu accompagner ces cartes postales. L’album De la ville, il ne me reste que toi est né de cette rencontre entre les dessins et les mots, entre les véritables souvenirs de voyage de l’illustrateur et ceux imaginés par l’écrivaine.
De la ville, il ne me reste que toi est un magnifique album. Les dessins de Cousineau sont des clichés colorés et vivants qui s’amusent entre le réel et l’anecdotique. Cependant, au-delà du visuel, ce sont surtout les mots de Jennifer Tremblay qui restent. Avec ses courtes phrases, l’auteure a su créer des moments d’émotions presque plus imagés que les dessins eux-mêmes. Cette écriture toute féminine met en scène une femme guidée par ses émotions, qu’elle soit une voyageuse, une mère, une amante ou une amoureuse. Il y a celle qui part, celle qui voyage, mais aussi celle qui reste derrière : on ne « voyage pas [toujours] géographiquement » dans cet album où le désir plane autant que les avions, mais l’esprit s’envole, dans un moment de spleen. Il est difficile de ne pas être touché par cette poésie simple et vivante, qui donnera au lecteur le goût de ses propres voyages.
De la ville, il ne me reste que toi, de Jennifer Tremblay et Normand Cousineau, aux Éditions de la Bagnole.
- Bryan St-Louis
De la ville, il ne me reste que toi est un magnifique album. Les dessins de Cousineau sont des clichés colorés et vivants qui s’amusent entre le réel et l’anecdotique. Cependant, au-delà du visuel, ce sont surtout les mots de Jennifer Tremblay qui restent. Avec ses courtes phrases, l’auteure a su créer des moments d’émotions presque plus imagés que les dessins eux-mêmes. Cette écriture toute féminine met en scène une femme guidée par ses émotions, qu’elle soit une voyageuse, une mère, une amante ou une amoureuse. Il y a celle qui part, celle qui voyage, mais aussi celle qui reste derrière : on ne « voyage pas [toujours] géographiquement » dans cet album où le désir plane autant que les avions, mais l’esprit s’envole, dans un moment de spleen. Il est difficile de ne pas être touché par cette poésie simple et vivante, qui donnera au lecteur le goût de ses propres voyages.
De la ville, il ne me reste que toi, de Jennifer Tremblay et Normand Cousineau, aux Éditions de la Bagnole.
- Bryan St-Louis
samedi 19 novembre 2011
À Épilogue, ce dimanche 20 novembre
Épilogue sera de retour sur les ondes de CKIA FM 88,3 ce dimanche 20 novembre, à midi! Pour cette première émission, qui fait partie de la programmation de transition de CKIA, on vous présente une entrevue de Valérie Gaudreau avec Dany Laferrière, pour son nouveau roman L'art presque perdu de ne rien faire, et une critique du dernier roman de Marina Lewycka, qui sera entre autres à Québec ce lundi 21 septembre, à 19 h, pour une classe de maître au Palais Montcalm. Soyez à l'écoute!
samedi 12 novembre 2011
De la colle et des personnages
Les éditions Alto faisaient paraître, au printemps dernier,
une troisième traduction de l’auteur britannique Marina Lewycka. Après avoir
séduit le public et la critique avec Une brève histoire du tracteur en
Ukraine et Deux caravanes, l’écrivaine d’origine ukrainienne
allait-elle réussir un triplé? Tout en étant cousin des deux romans précédents,
ce nouveau titre s’aventure dans des eaux différentes. Bien que l’Europe de
l’Est flotte encore ça et là dans les 577 pages de ce volumineux ouvrage, Des
adhésifs dans le monde moderne est résolument britannique.
Georgie
Sinclair, pigiste pour une revue spécialisée sur les adhésifs, récemment
séparée, a une fille absente, un fils fuyant obsédé par la fin du monde et
un roman à l’eau de rose à réécrire. Elle semble avoir déjà son lot de
problèmes, mais voilà que Madame Shapiro, une vieille voisine juive qu’elle n’a
pourtant rencontré que deux fois, la désigne comme plus proche parente lors
d’un séjour à l’hôpital. Une amitié naît rapidement entre les deux femmes et
Georgie s’investit dans la vie de Madame Shapiro et de ses sept chats à l’hygiène
douteuse, d’autant plus que se mettent à graviter autour de la maison de la
dame des agents immobiliers aux méthodes douteuses, des ouvriers palestiniens
peu compétents, en plus de vieilles histoires, de secrets et de photos envoyées
d’Israël…
C’est beaucoup? Oui. Des adhésifs dans le monde moderne est
une œuvre touffue, mais Marina Lewcyka, fine auteure et habile colleuse,
assemble les pièces de son roman à monter avec subtilité et assurance. Les
personnages et les intrigues, le passé et le présent, les grands drames de
l’histoire mondiale comme les petites histoires personnelles : tout
s’entremêle dans ce roman intelligent et divertissant. Et oui, ça colle. À
merveille.
Mentionnons également au passage que Marina Lewcyka est une
des invités d’honneur du Salon du livre de Montréal 2011, qui a lieu du 16 au
21 novembre.
- Bryan St-Louis
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