Ce que le vent apporte par Jaime Martin - Collection Aire libre de Dupuis
Au nord de l'Oural, en 1916 : alors que la guerre sévit en Europe, un jeune chirurgien de Moscou est envoyé dans une région coupée du monde en tant que remplacement du docteur Ivanov, étrangement assassiné. Alors que le jeune médecin s'aperçoit que les villageois croient plus en la sorcellerie qu'à la médecine moderne, il réalise aussi que le village où il est posté s'avère être hanté par une bête étrange, qui n'est pas sans rappeler l'histoire de la bête du Gévaudan.
La forme sert beaucoup la forme dans cette bande dessinée : les dessins sont plutôt griffonnés, et les couleurs sont toujours sombres, sans éclat. On pousse ici l'exercice jusqu'à utiliser dans une case toujours la même couleur, mais dans des teintes différentes. Ce que le vent apporte est à l'image de toute la collection Aire libre, avec son côté artistique léché, et ne manquera pas d'en intéresser plusieurs.
samedi 20 octobre 2007
Froid dans le dos
Un seul trèfle à quatre feuilles à la fois!
Mamette - Tome #2 L'âge d'or par Nob - Glénat
Mamette, petite dame dans la soixantaine, se voit confier la garde d'un jeune garçon pour la période des vacances scolaires, alors que la mère de ce dernier part à l'extérieur de la ville. Aidée de ses ami(e)s, dont une vieille fille inflexible et une seconde, dépendante des prescriptions médicales, Mamette reprend donc un rôle de mère... Même si elle ne veut que le bien de l'enfant, celui-ci a pourtant tendance à la voir comme une plaie.
Si l'histoire coule sans grands bouleversements, elle ne manque pas de savoureux clins d'œil à plusieurs distractions de retraités. On rira entre autres de la dépendance de Mamette et de ses amies pour les billets de loterie instantanée... Les images, quant à elles, sont simples, sans trop de détails. Les arrières-plan sont en aquarelle et donnent un petit côté vieillot sympathique. Voilà une bande dessinée qui pourrait très bien plaire à un jeune lectorat féminin!
Toi, mon amour, mon ami

Dans C'est quand le bonheur, Martine Delvaux nous permet d'entrer au coeur d'une amitié privilégiée entre un homme et une femme. Ils se connaissent depuis une vingtaine d'années, ont traversé le temps, les épreuves, ont formé un couple il y a longtemps, ont tout partagé et se sont créé des souvenirs communs d'une enfance où ils ne se connaissaient même pas. C'est une série de tableaux, d'anecdotes, une sorte d'inventaire des moments où, bien ensemble, ils le trouvent, leur bonheur. Le lecteur qui se voit plongé dans cette complicité immense peut être déstabilisé par tant de proximité car il est rare d'être témoin d'une chose aussi privée et jalousement gardée que la relation entre femme et son meilleur ami mais le plaisir de découvrir cet espace clos dans lequel se cache la félicité fait vite oublier le malaise. Ce qui aurait pu ne rester qu'un simple exercice d'énumération nous apparaît finalement comme étant une oeuvre sensible et touchante dans laquelle plusieurs femmes reconnaîtront sans doute une relation qu'elles entretiennent ou souhaiteraient entretenir avec un homme, l'homme de leur vie.
dimanche 14 octobre 2007
Cette semaine à Épilogue [14 octobre]
• Valérie Gaudreau revient sur les 50 ans de la parution de On the road de Jack Kerouac
• Bryan Saint-Louis critique Autochtones de la nuit de Stanley Péan
• Marc Allard nous parle de l'essai Stumbling on Happiness du psychologue américain Daniel Gilbert
• Marco April cause BD!
Épilogue, dimanche 11h
rediffusion lundi 10h
sur les ondes de CKIA 88,3-FM à Québec
En direct sur le web
jeudi 11 octobre 2007
Le gris et le noir
Viktor Hernyo avait soif de pouvoir : petit à petit, en utilisant parfois des méthodes de persuasion un peu trop fermes, il a acheté des immeubles, des rues, puis des quartiers entiers d’une ville qu’il rêve de posséder entièrement un jour. De la grande pyramide qui lui sert de quartier général, il observe la ville où fourmille son armée et se demande comment il pourra parvenir à étendre sa domination sur le dernier quartier de la ville qui lui échappe toujours, un quartier central mais usé, où habite une population underground qui vit en marge du reste de la société.
C’est dans ce quartier qu’habite Otto Prime, le jeune héros de cette histoire, qu’on rencontre au moment où il tombe sous le charme d’une femme mystérieuse, fort jolie et pleine de caractère : c’est Tita, qui s’avère être aussi la fille de Viktor Hernyo.
Résumer Ville de chien, le quatrième livre de l’auteur Joseph Bunkoczy, c’est en révéler la plus grande faiblesse. La structure du roman est cartésienne, logique… et prévisible. Aussitôt que Tita tombe pour le jeune rebelle Otto, et aussitôt qu’Heryno confirme que sa fille est la seule pour qui il a des sentiments, qu’elle constitue sa seule faiblesse, et que débute la lutte entre le bien et le mal pour le contrôle de la ville, on devine comment toute cette aventure se terminera. Et au moment de tourner les dernières pages, on réalise qu’on avait raison.
La surprise n’est donc pas au rendez-vous. Mais Ville de chien vaudra quand même le détour : avec son écriture, Bunkoczy crée une atmosphère cohérente et prenante en nous emmenant dans cette ville grise et noire où le pouvoir parallèle a pris toute la place. La tension rappelle un peu 1984, de George Orwell, et les scènes de combat, avec ses gangs de rue cachées dans de vieux édifices, évoquent presque La Matrice. Bref, un thriller immobilier qu’on appréciera pour ses atmosphères.
Ville de chien, de Joseph Bunkoczy, chez Tryptique, 199 pages.
mercredi 10 octobre 2007
L'amour peut rendre fou! Constatez-le en 7 tomes...
Spoon & White par Léturgie, Isard, Yann et Léturgie - Éditions Vents d'Ouest
Spoon et White, les deux héros de cette série, le prouvent à merveille. Les deux acolytes, qui comptent parmi les plus déséquilibrés que la ville de New York peut compter, sont aussi... policiers. Et tous les deux sont tombés sous le charme de Courtney Balconi, une célèbre repoter, qui ne leur accorde pourtant aucune attention. Les problèmes surviennent alors que nos deux héros délaissent leur travail, pour plutôt profiter de chaque occasion pour croiser Courtenay, qui mène ses propres enquêtes journalistiques, et tenter de se faire valoir individuellement aux yeux de la belle.
L'exagération est omniprésente dans cette bande dessinée. Spoon et White se retrouvent coincés dans des aventures farfelues : une prise d'otage de suicidaires, un complot interne chez les mafieux chinois et des agents double zéro fluorescents... Les personnages, très vivants, ont hérité du même côté excentrique, qui rend la lecture d'autant plus intéressante.
Désir = danger
Élisabeth a perdu sa virginité à quatre ans avec un bâton de Popsicle. « J’ai poussé le bâtonnet trop fort dans ma petite fente ». On sent tout de suite que la jeune fille aura par la suite des rapports complexes avec le sexe, les hommes et l’amour. Et avec Gabriel : celui qu’elle n’aura fréquenté que quelques jours, à douze ans, mais qui restera toujours auréolé de fantasme, et ce pour seize longues années.
Dans Hystéro, Hélène Bard s’interroge sur la séduction, sur l’attirance et sur le désir. Élisabeth pourrait avoir tous les hommes qu’elle veut, mais n’arrive pas à séduire celui qu’elle voudrait avoir. Pourquoi le désire-t-elle tellement, au fond? Est-ce parce qu’il est le seul qui lui résiste? Et surtout, en vaut-il vraiment la peine? Reste-t-il l’homme idéal parce qu’il n’a pas eu le temps de la décevoir et de lui montrer qu’il était pareil aux autres?
Si la thématique de départ est intéressante et bien exploitée par l’auteur, la forme du roman pourrait cependant déplaire à certains. Élisabeth pousse très loin son désir de Gabriel et la forme du roman s’en ressent. Avec un ton suppliant, elle s’adresse à son amoureux en utilisant le « tu » en racontant les quelques événements qui ont marqué leur relation. Les phrases sont courtes, le rythme est découpé. Mais ce sont surtout certains passages plus crus qui pourraient agacer, tant Élisabeth désire et s’offre avec une démesure incontrôlable.
Hélène Bard a été reçue pour une entrevue à Épilogue lors de l'émission du 8 octobre.
Hystéro, de Hélène Bard, chez le Marchand de feuilles, 176 pages.
