dimanche 20 novembre 2011

Emporte-moi

Normand Cousineau, est illustrateur, mais aussi globe-trotteur. Au fil de ses nombreux voyages, il s’est amusé à faire des croquis de paysages et de personnages, mais aussi de simples instants. Il s’est ensuite envoyé ces petites aquarelles, marquant ses souvenirs du sceau de la poste. Les images se sont ensuite accumulées dans une valise, jusqu’à ce qu’il les présente à la poète Jennifer Tremblay. Celle-ci a relevé le défi d’imaginer les messages qui auraient pu accompagner ces cartes postales. L’album De la ville, il ne me reste que toi est né de cette rencontre entre les dessins et les mots, entre les véritables souvenirs de voyage de l’illustrateur et ceux imaginés par l’écrivaine.


De la ville, il ne me reste que toi est un magnifique album. Les dessins de Cousineau sont des clichés colorés et vivants qui s’amusent entre le réel et l’anecdotique. Cependant, au-delà du visuel, ce sont surtout les mots de Jennifer Tremblay qui restent. Avec ses courtes phrases, l’auteure a su créer des moments d’émotions presque plus imagés que les dessins eux-mêmes. Cette écriture toute féminine met en scène une femme guidée par ses émotions, qu’elle soit une voyageuse, une mère, une amante ou une amoureuse. Il y a celle qui part, celle qui voyage, mais aussi celle qui reste derrière : on ne « voyage pas [toujours] géographiquement » dans cet album où le désir plane autant que les avions, mais l’esprit s’envole, dans un moment de spleen. Il est difficile de ne pas être touché par cette poésie simple et vivante, qui donnera au lecteur le goût de ses propres voyages.


De la ville, il ne me reste que toi, de Jennifer Tremblay et Normand Cousineau, aux Éditions de la Bagnole.


- Bryan St-Louis

samedi 19 novembre 2011

À Épilogue, ce dimanche 20 novembre

Épilogue sera de retour sur les ondes de CKIA FM 88,3 ce dimanche 20 novembre, à midi! Pour cette première émission, qui fait partie de la programmation de transition de CKIA, on vous présente une entrevue de Valérie Gaudreau avec Dany Laferrière, pour son nouveau roman L'art presque perdu de ne rien faire, et une critique du dernier roman de Marina Lewycka, qui sera entre autres à Québec ce lundi 21 septembre, à 19 h, pour une classe de maître au Palais Montcalm. Soyez à l'écoute!

samedi 12 novembre 2011

De la colle et des personnages


Les éditions Alto faisaient paraître, au printemps dernier, une troisième traduction de l’auteur britannique Marina Lewycka. Après avoir séduit le public et la critique avec Une brève histoire du tracteur en Ukraine et Deux caravanes, l’écrivaine d’origine ukrainienne allait-elle réussir un triplé? Tout en étant cousin des deux romans précédents, ce nouveau titre s’aventure dans des eaux différentes. Bien que l’Europe de l’Est flotte encore ça et là dans les 577 pages de ce volumineux ouvrage, Des adhésifs dans le monde moderne est résolument britannique.

Georgie Sinclair, pigiste pour une revue spécialisée sur les adhésifs, récemment séparée, a une fille absente, un fils fuyant obsédé par la fin du monde et un roman à l’eau de rose à réécrire. Elle semble avoir déjà son lot de problèmes, mais voilà que Madame Shapiro, une vieille voisine juive qu’elle n’a pourtant rencontré que deux fois, la désigne comme plus proche parente lors d’un séjour à l’hôpital. Une amitié naît rapidement entre les deux femmes et Georgie s’investit dans la vie de Madame Shapiro et de ses sept chats à l’hygiène douteuse, d’autant plus que se mettent à graviter autour de la maison de la dame des agents immobiliers aux méthodes douteuses, des ouvriers palestiniens peu compétents, en plus de vieilles histoires, de secrets et de photos envoyées d’Israël… 

C’est beaucoup? Oui. Des adhésifs dans le monde moderne est une œuvre touffue, mais Marina Lewcyka, fine auteure et habile colleuse, assemble les pièces de son roman à monter avec subtilité et assurance. Les personnages et les intrigues, le passé et le présent, les grands drames de l’histoire mondiale comme les petites histoires personnelles : tout s’entremêle dans ce roman intelligent et divertissant. Et oui, ça colle. À merveille.

Mentionnons également au passage que Marina Lewcyka est une des invités d’honneur du Salon du livre de Montréal 2011, qui a lieu du 16 au 21 novembre.

- Bryan St-Louis

mardi 18 octobre 2011

Tuer le père : quand la magie n’y est pas



Le 20e roman d’Amélie Nothomb est arrivé en librairie il y a quelques semaines. C’était donc un roman anniversaire pour la prolifique auteure belge, ce qui a suscité certaines attentes chez ses fans, d’autant plus que le titre, Tuer le père, laissait présager le meilleur. Finalement, on découvre dans ce court roman de 150 pages l’histoire de Joe Whip, un jeune prodige abandonné par sa mère, qui découvre l’univers de la magie à Reno. Impressionné par ses talents naturels, Norman, un magicien reconnu, le prend sous son aile. Mais alors que Joe apprend les rudiments de la magie, il vit aussi son premier amour, alors qu’il craque pour Christina, la conjointe de Norman, une danseuse de feu. Comment la conquérir? L’univers est singulier, insolite; le conflit est œdipien, voire freudien : bref, les ingrédients sont présents. Malheureusement, la magie n’y est pas – sans jeu de mots. Les personnages de Nothomb manquent de relief, les phrases ont moins d’impact. Dans les brumes de Burning Man, Nothomb (qui nous avait déjà fait le coup dans Voyage d’hiver), montre encore une fascination un peu enfantine pour l’univers des psychédéliques. Au final, elle boucle aussi le récit de manière un peu irréaliste et surtout, froide. Les nombreux lecteurs d’Amélie Nothomb trouveront encore une fois leur plaisir dans ce rendez-vous annuel avec la dame aux grands chapeaux. Par contre, ce n’est pas avec Tuer le père qu’elle convaincra ceux qui, année après année, débarquent de sa locomotive littéraire. Nothomb nous a habitués à tellement mieux. Après 150 pages, ce qui reste, surtout, c’est (encore une fois) l’espoir d’une meilleure cuvée l’an prochain.

- Bryan St-Louis

dimanche 29 août 2010

[ De retour le 13 septembre ]



Le magazine littéraire Épilogue sera de retour
le dimanche 12 septembre 2010 à midi
sur les ondes de CKIA 88,3-FM


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Bonne fin d'été et bonnes lectures à tous!

samedi 21 novembre 2009

Puisque les bios ont la cote...

Retour chez L’Instant Même, et changement de cap pour François Blais pour ce quatrième roman, Vie d’Anne-Sophie Bonenfant. Qui est cette Anne-Sophie Bonenfant? Oh, vous ne la connaissez pas encore, mais ça ne saurait tarder : l’auteur de ces pages est tombé sous son charme et son talent, et rédige la biographie préventive de la jeune femme pour tenter de la séduire. Habitué des études de mœurs, François Blais donne vie avec son écriture lumineuse et dynamique aux jeunes années d’Anne-Sophie Bonenfant. Après un départ un peu lent (avec une prémisse généalogique sur les ancêtres de la belle), il raconte avec une verve toujours attachante les premières années de la jeune fille dans le nord de l’Abitibi, son déménagement à Grand-Mère, son adolescence, ses premiers amours… La belle succombera-t-elle au charme de l’auteur qui s’évertue ainsi à connaître chaque moment de son existence? François Blais a clos son étude des gens en marge de la société avec Le vengeur masqué contre les hommes-perchaude de la Lune (dont l’épilogue n’était décidément pas anodine), et continue ici de nous montrer son talent pour nous raconter des histoires. Le jeune auteur de Québec possède une plume qui sait nous faire rire et nous faire sourire, un sens du rythme et un regard unique : découvrez-le, si ce n’est déjà fait. Ce Vie d’Anne-Sophie Bonenfant vous offrira à coup sûr une bien meilleure lecture que la biographie de Marie-Chantal Toupin, je vous l’assure.

Vie d'Anne-Sophie Bonenfant, de François Blais, chez L'Instant Même, 242 pages.

Virée érotico-sociologique finlandaise!

Pour Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi, Arto Paasilinna nous emmène dans un nouvel univers. Cette fois, pas de fable écologique ou de long périple au travers la Finlande, ou à peine : c’est plutôt un récit de mœurs que nous propose le prolifique écrivain finlandais, qui publie ici sa douzième traduction en français. Au sortir d’une fête organisée en son honneur, Rauno Rämekorpi se retrouve avec une maison pleine de fleurs et de bouteilles de champagne à ne plus savoir qu’en faire. Sa femme, allergique au pollen, lui suggère de se débarrasser le plus rapidement possible de celles-ci. L’industriel appelle donc un taxi, qui sera conduit par Seppo Sorjonen, personnage récurrent des romans de Paasilinna, qu’on avait notamment croisé dans La cavale du géomètre. Ce dernier lui proposera d’aller donner ces fleurs à des femmes de l’entourage de Rämekorpi, plutôt que d’aller les jeter. Les deux compères s’offriront alors une frivole tournée, où Rämekorpi ne manquera pas de s’amuser. Cette tournée, il s’en rappellera quelques mois plus tard, lorsqu’il voudra, à l’approche de Noël, renouveler l’expérience, déguisé en Père Noël avec les bras remplis de cadeaux… Mais cette fois, ses compagnes, mises au courant de ses aventures et de la place qu’elles ont occupé dans ce périple coquin, ont bien l’intention de se venger! Moins poignant que la plupart des autres excellentes œuvres de Paasilinna, moins porteur de sens et d’une philosophie, Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi fait néanmoins passer un bon moment de lecture. Le style de l’auteur est bien présent, et cette étude de mœurs scandinave ne manquera pas de nous faire sourire. Les personnages de Paasilinna endossent encore une fois leur habits d’anti-héros, bien humains, vivants, méchants, mais drôlement attachants.

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi, d'Arto Paasilinna, chez Denoël, 258 pages.